Le lieu peut apparaître repoussant ou paradisiaque. L'appréciation dépend des besoins immédiats de cette machine animale que reste notre corps. Je vais en effet vous parler d'un local hautement sexué. Les WC, puisque nous sommes en Angleterre (water-closet), se distinguent en effet d'entrée par une inscription brève et un signe clair. Un pantalon, c'est pour les messieurs. Une jupe, c'est pour les dames, même si nombreuses se révèlent les personnes du deuxième sexe à porter aujourd'hui la culotte. Or voilà que des Anglais viennent bouleverser ces idées reçues! Les résident(e)s de Winchcombe viennent de faire connaissance avec des «toilettes ambulantes unisexes». De quoi s'agit-il? De petits endroits adaptés à tout le monde. D'abord, ils ne sont pas si petits que ça. Les handicapés peuvent les utiliser, et Dieu sait si ces derniers ont aujourd'hui le vent en poupe. Ensuite, vous l'avez déjà compris, les hommes comme les femmes osent les emprunter (sans être pour autant obligés de les rendre).
La chose a quelque peu chiffonné les responsables régionaux qui, comme chacun sait, sont payés pour ça. Bien loin du pays de nos «ferrazzinettes» (1), ceux-ci ont jugé l'appellation «déroutante». Ils ont donc demandé aux architectes (car il a fallu des architectes pour construire ça!) de changer la dénomination. Choqués par l'ambivalence du nom, les édiles voulaient qu'on parle d'«urinoirs ambulants». Las! Une association de protection de la langue anglaise s'y est opposée. Pour elle les mots «urinoir ambulant» ne veulent tout simplement rien dire. C'est que ces membres n'ont jamais employé pour paraphraser Molière, d'aussi précieux édicules (2).
Au point où nous en sommes, il reste permis de se pencher sur le sexisme originel des cuvettes et de leurs couvercles. Parce qu'enfin, chez soi, ou chez des amis, il n'existe qu'un lieu pour tous. Et la pudeur bien légitime de chacun n'en souffre pas. Les personnes les plus convenables parlent d'aller se laver les mains. Les gens normaux demandent «où c'est». Les grossiers, car il y en restera toujours en ce bas monde, diront qu'ils vont lâcher un fil ou autre chose. Ils sont rares. Il subsiste une gêne chez la plupart des individus vis-à-vis des excréments. A côté, le sexe fait presque chic. On se souvient de la manière, assez cruelle, dont Luis Buñuel s'en est moqué au cinéma dans «Le Fantôme de la liberté». Les gens sont assis sur des cuvettes autour d'une table et vont se cacher pour manger...
Mais tout ceci nous éloigne de Winchcombe, qui vient de faire tomber un bastion de l'inégalité. Saluons plutôt les pionniers. A quand, enfin, des toilettes pour tous (3)?
(1) Il s'agit là des WC de luxe prévus par note ex-édile Christian Ferrazzino pour la Rade.
(2) Je pense bien sûr aux «Précieuses ridicules».
(3) Avec une exception culturelle pour l'urinoir, bien sûr!